En bref
- Le greffage unit un porte-greffe et un greffon pour créer un arbre fruitier aux caractéristiques maîtrisées
- La réussite dépend de la compatibilité entre les deux végétaux et du contact précis des cambiums
- Les principales techniques incluent la greffe en couronne, la greffe en fente et la greffe à l’anglaise
- La période optimale s’étend du printemps au début de l’été selon les espèces
- Des outils tranchants et des soins post-greffe appropriés garantissent un taux de réussite élevé
Pourquoi pratiquer la greffe des arbres fruitiers ?
Le greffage répond à plusieurs objectifs pratiques pour le jardinier amateur. La reproduction par semis ne garantit pas l’obtention d’un arbre identique à la plante mère en raison de la fécondation croisée naturelle. Un pépin de pomme 'Reine des Reinettes’ donnera un arbre aux fruits différents de la variété d’origine.
La greffe permet d’adapter l’arbre fruitier au sol du verger. Un poirier greffé sur cognassier s’accommodera mieux d’un terrain humide, tandis qu’un pommier greffé sur aubépine tolérera un sol calcaire. Le porte-greffe influence également la vigueur de l’arbre et sa taille adulte.
Cette technique accélère la mise à fruit des arbres fruitiers. Là où un semis nécessite 10 à 15 ans avant de produire, un arbre greffé fructifie dès 4 à 5 ans. La greffe améliore aussi la résistance aux maladies et aux ravageurs grâce au choix d’un porte-greffe adapté.
Le principe biologique du greffage
La réussite d’une greffe repose sur la soudure des tissus cambiaux du porte-greffe et du greffon. Le cambium, cette fine pellicule verte située sous l’écorce, assure la circulation de la sève élaborée. Il faut mettre en contact ces zones pour permettre la continuité vasculaire entre les deux végétaux.
La compatibilité génétique détermine largement les chances de succès. Les espèces phylogénétiquement proches présentent une meilleure affinité. Ainsi, tous les pommiers se greffent entre eux, et un poirier accepte facilement un greffon d’une autre variété de poirier. Certaines associations fonctionnent entre genres différents : la greffe d’arbre de poirier sur cognassier ou d’abricotier sur prunier donne de bons résultats.
Le processus de cicatrisation se déroule en quatre phases. L’incision initiale provoque une nécrose locale, suivie de la production de pectines qui assurent l’adhésion. Des cals se forment ensuite, créant une masse de cellules indifférenciées qui fusionnent. Enfin, la différenciation des tissus vasculaires rétablit la circulation normale de la sève.
Les principales techniques de greffe
La greffe en couronne
La greffe en couronne convient particulièrement aux débutants et s’applique à la majorité des fruitiers excepté le cerisier. Cette technique se pratique au printemps sur un porte-greffe de 10 à 15 mm de diamètre en pleine sève.
Il faut étêter le porte-greffe à 20 cm du sol et supprimer les rameaux latéraux. Le greffon se taille en biseau, son diamètre ne devant pas dépasser le quart de celui du porte-greffe. Une incision verticale dans l’écorce du porte-greffe permet d’insérer le greffon sous l’écorce décollée. Faire une greffe en couronne nécessite une ligature en spirale et l’application d’un mastic cicatrisant.
La greffe à l’anglaise compliquée
Cette technique affiche un taux de réussite proche de 99% selon les spécialistes. Elle consiste à réaliser des coupes complémentaires sur le porte-greffe et le greffon, créant un emboîtement parfait. La greffe à l’anglaise se pratique de février jusqu’à la floraison et ne nécessite pas de conservation préalable des greffons.
La greffe en fente
La greffe en fente convient aux porte-greffes de plus gros diamètre. Une fente verticale pratiquée dans le porte-greffe accueille un ou deux greffons taillés en coin. Cette méthode robuste tolère mieux les variations climatiques que les autres techniques.
Matériel et préparation pour le greffage
Des outils tranchants et parfaitement propres conditionnent la réussite du greffage. Un greffoir bien affûté réalise des coupes nettes qui cicatrisent rapidement. Il faut désinfecter les lames entre chaque greffe pour éviter la transmission de maladies.
Les greffons se récoltent en hiver sur des rameaux de l’année, d’un diamètre minimum de 5 mm. Leur conservation au froid humide, entre 2 et 5°C, maintient leur viabilité jusqu’au moment du greffage. Un sac plastique avec du papier humide au réfrigérateur convient parfaitement.
Pour la ligature, le ruban adhésif spécialisé surpasse le raphia traditionnel. Il maintient une pression constante, résiste aux intempéries et se retire facilement après cicatrisation. Il ne faut pas dépasser 15 tours pour permettre la dilatation des tissus.
Calendrier et conditions de réussite
La période de greffage varie selon les espèces fruitières. Les fruits à pépins comme le pommier et le poirier se greffent de mi-mars à début mai, lorsque les bourgeons du sous-bois commencent à s’ouvrir. Greffer un pommier réussit mieux pendant cette fenêtre optimale.
Les fruits à noyaux préfèrent un greffage plus tardif, vers la mi-juillet. Cette période évite les écoulements de gomme caractéristiques de ces espèces. Réaliser une greffe d’abricotier demande cette précaution temporelle.
Les conditions météorologiques influencent le succès du greffage. Il faut éviter les périodes de gel intense et les journées de vent fort qui dessèchent rapidement les tissus. Une humidité relative élevée favorise la cicatrisation.
Soins post-greffe et surveillance
Les semaines suivant le greffage nécessitent une surveillance attentive. Il faut supprimer régulièrement les gourmands qui apparaissent sur le porte-greffe pour concentrer la sève sur le greffon. Ces pousses vigoureuses épuisent l’arbre greffé si on les laisse se développer.
La ligature doit être coupée dès que la cicatrisation est visible, généralement après 6 à 8 semaines. Un maintien trop prolongé étranglerait la greffe en croissance. Le tuteurage protège les jeunes pousses du vent et des chocs.
Les pucerons apprécient particulièrement les jeunes tissus tendres des greffes. Une surveillance régulière permet d’intervenir rapidement avec des traitements doux comme le savon noir ou les auxiliaires naturels.
Compatibilités et associations réussies
La compatibilité entre porte-greffe et greffon détermine la longévité de l’arbre. Les associations au sein d’une même espèce fonctionnent toujours : tous les pommiers se greffent entre eux, de même pour les poiriers ou les cerisiers.
Certaines associations inter-espèces donnent d’excellents résultats. Le poirier sur cognassier produit des arbres de taille modérée, adaptés aux petits jardins. L’aubépine accepte les greffons de néflier d’Allemagne et d’amélanchier, créant des fruitiers originaux pour le verger familial.
Dans la famille des Prunus, le prunelier constitue un excellent porte-greffe pour les prunes et les mirabelles. L’abricotier se greffe sur prunier myrobolan dans les régions aux hivers rigoureux. Les cerisiers nécessitent des porte-greffes spécifiques comme le cerisier de Sainte-Lucie.
Erreurs courantes et solutions
L’échec du greffage résulte souvent d’un mauvais contact entre les cambiums. Il faut veiller à aligner parfaitement ces zones lors de l’assemblage. Une coupe mal réalisée ou des tissus desséchés compromettent la soudure.
| Arbres fruitiers | Période | Type de greffe |
|---|---|---|
| Abricotier |
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| Amandier |
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| Cerisier |
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| Cognassier |
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| Noyer |
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| Olivier |
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| Oranger |
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| Pêcher |
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| Pommier |
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| Poirier |
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| Prunier |
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Le choix d’un greffon inadapté constitue une autre cause d’échec. Les rameaux trop jeunes ou trop âgés, les bourgeons floraux au lieu de bourgeons végétatifs, ou un greffon trop volumineux par rapport au porte-greffe réduisent les chances de réussite.
La négligence des soins post-greffe nuit également au développement. Un arrosage excessif, l’absence de protection contre les ravageurs, ou le maintien trop prolongé des ligatures compromettent l’avenir de la greffe.
Avantages et limites du greffage
Le greffage présente de nombreux avantages pour l’amateur de fruits. Cette technique permet de créer des arbres multi-variétés, d’adapter les fruitiers aux contraintes du terrain, et d’obtenir rapidement des récoltes de qualité. La greffe facilite aussi la pollinisation en associant variétés mâles et femelles sur le même arbre.
Cependant, l’arbre greffé présente certaines limites. Sa durée de vie reste inférieure à celle d’un arbre franc issu de semis. Le point de greffe constitue une zone de fragilité, sensible aux cassures et aux maladies. Certains porte-greffes peuvent dominer le greffon et modifier les caractéristiques recherchées.
Le coût initial d’un arbre greffé dépasse celui d’un semis, mais la rapidité de mise à fruit compense largement cet investissement. Faire une greffe en coulée ou faire une greffe en incrustation offrent des alternatives techniques selon les situations.
FAQ
Peut-on greffer un arbre fruitier âgé de plus de 10 ans ?
Le greffage reste possible sur des arbres âgés mais la réussite diminue avec l’âge. Il faut privilégier un greffage étalé sur deux années, en ne travaillant que la moitié de l’arbre chaque fois pour ne pas l’affaiblir.
Combien de temps faut-il conserver les greffons avant utilisation ?
Les greffons se conservent 2 à 3 mois au réfrigérateur dans un sac plastique avec du papier humide. Il ne faut jamais les congeler car cela détruit les tissus végétaux.
Pourquoi certaines greffes réussissent puis meurent au bout de quelques années ?
Ce phénomène résulte souvent d’une incompatibilité tardive ou de l’accumulation de composés toxiques au point de greffe. La qualité du porte-greffe et les conditions de culture influencent cette longévité.
Faut-il obligatoirement utiliser un mastic cicatrisant après la greffe ?
Le mastic protège les plaies de la déshydratation et des infections mais n’est pas indispensable sur les petites greffes. Les mastics modernes à base de résines synthétiques offrent une meilleure souplesse que les anciens produits.